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Entretiens

Ali Amran. Auteur, compositeur et interprète algérien : «Je suis suffisamment connu pour que les organisateurs de spectacles sachent que j’existe»

Dans le cadre  de la promotion de son cinquième album, Tidyanin (les questionnements), Ali Amran, l’interprète d’expression kabyle, se produira, une deuxième fois, ce soir à la maison de la culture de Tizi Ouzou, et le 29 mai, à  l’Opéra  Boualem Bessaïeh d’Oueld Fayet, à Alger. Rencontré à la veille de son premier concert au niveau de l’hôtel Lamaraz de Kouba, l’artiste  explore son  nouvel album, tout en ne manquant pas de se confier sur ses projets et sur les secrets de son insatiable créativité.

– Vous avez entamé une tournée internationale depuis sept mois, mais là vous êtes en Algérie pour une mini-tournée organisée dans le cadre de la promotion de votre nouvel album, Tidyanin, sorti en octobre 2018, en France ?

Je dirais avant tout que c’est toujours une joie et un plaisir incommensurables de revenir dans mon pays et de retrouver mon fidèle public. Mon dernier-né musical, Tidyanin, est sorti officiellement à la mi-octobre 2018 en France. Il est distribué par Rex Production, ici en Algérie et à l’international.

– Bien que les textes de vos chansons aient été écrits il y a environ trois ans, votre album reste à forte essence prémonitoire, eu égard à ce qui se passe actuellement en Algérie ?

Effectivement, je me rends compte avec du recul que mon album fait référence à tout ce bouillonnement social qui se déroule actuellement en Algérie. C’est intéressant. Quand je regarde un peu, je trouve qu’il y a des morceaux qui semblent convenir à ce qui se passe en Algérie. J’ai commencé les textes de cet album il y a trois ans, mais il y a certains morceaux que j’ai terminés avant l’enregistrement.

– Quels sont les thèmes majeurs que vous abordez dans ce cinquième opus ?

J’aborde un peu tous les thèmes. Je parle des problèmes et des difficultés que vit notre société. Il y a un peu de ma vie dans cet album, mais je tiens à préciser que ce ne sont pas des chroniques de ma vie. J’essaye de prendre une idée et de l’élargir.

L’album en question comporte onze titres, avec un douzième en bonus qui s’appelle Celui que tu penses. Il s’agit de mes propres compositions, sauf pour un titre qui s’appelle Lwennas, qui est un hommage au regretté chanteur Matoub Lounès, dont j’ai repris une musique du répertoire hawzi-andalou.

J’ai repris l’air évidemment avec un texte original que j’ai écrit avec des arrangements. J’ai fait cela pour rester dans la même démarche de Matoub Lounès, lequel reprenait les standards de la musique chaâbie et hawzie, mais il le faisait en kabyle. Comme c’était un hommage à Matoub, j’ai profité de le faire de cette façon. Ce qui est intéressant sur le plan musical, c’est la façon de pouvoir jouer ce patrimoine d’une façon différente, dans le sens de la musique universelle.

Le titre de l’album est Tidyanin (les questionnements, ou les péripéties). C’est une chanson qui donne son titre à l’album. Cette chanson parle un peu de la nécessité de se réapproprier son histoire, sa mémoire et ses racines pour pouvoir avancer. Si on perd tout ce qu’on a, c’est qu’on s’est perdu. Quand je vois aujourd’hui les marches pacifiques qui se déroulent en Algérie, où le drapeau berbère est présent, où les gens se sont réappropriés leur mémoire, je suis très ravi et content à la fois.

La première chanson, Lxid, exprime le fil. Je l’ai mise en premier parce que cela donne une idée sur la thématique globale qui est un peu la situation de notre société, qui tient sur des équilibres précaires. C’est comme un funambule, ou l’équilibriste, qui marche sur un fil. Cela parle aussi de la difficulté de l’émergence de l’individu dans cette société qui est plutôt égalitariste.

La chanson Tlatin parle de la trentaine. Du marasme et de la difficulté de s’en sortir pour les jeunes. Cela part de l’idée que dans les sociétés qui sont normales, à trente ans on sait où l’on va dans la vie, mais nous à trente ans on ne sait pas où aller ni ce que sera notre vie.

Dderz n’est autre que le bruit de la guerre. C’est intéressant, car il y a de la résonance avec ce qui se passe actuellement dans notre pays. C’est ce risque de partir en dérive dans la violence. C’est une sorte de mise en garde. Bedd (debout). C’est se mettre debout pour avancer. Là je suis content, car c’est tout le pays qui est debout. S-and Akka (quelle destination ?), c’est le morceau le plus ancien. C’est un dialogue avec quelqu’un qui est gamin.

C’est l’ histoire d’une personne qui est née en même temps que la sirène d’un bateau. C’est pour parler un peu de cette fatalité de l’exil. L’histoire se développe ensuite. Il a envie de prendre le bateau. Cela devient une affaire, une liberté. Ifgh Ur Ifig parle d’insatisfaction. Izleg Wedref revient sur l’impasse historique que nous avons dépassée. C’est un bonheur de voir aujourd’hui que le peuple est uni.

– Même s’il y a un petit changement au niveau de l’orchestration, vous restez fidèle à votre rythmique axée de la pop-rock ?

Il est tout à fait exact que dans le rythme, cela a changé un peu, mais cela reste toujours de la rock-pop. Il y a un petit changement au niveau de l’orchestration. Avec ce dernier album, j’ai changé la formation. Maintenant la formation passe à deux guitares, une basse et une batterie.

Me concernant, je chante et je joue à la guitare. Avant, j’avais des claviers et de la percussion, mais comme cet album est construit différemment, j’ai changé. C’est nouveau. Le spectacle que je donnerai à Tizi Ouzou et à Alger est un nouveau spectacle qui reprend les chansons du nouvel album, avec une nouvelle configuration du groupe.

– C’est aussi facile, pour vous, de vous produire avec un orchestre réduit ?

Cela peut faire partie de cette réflexion, mais ce n’est pas la raison principale. La raison principale est de l’ordre d’un souci musical. Je suis dans une démarche d’ouverture et de trouver comment faire de la musique kabyle rock.

Quand je dis kabyle, je peux dire nord-africaine, car les  musiques kabyle et africaine ont les mêmes bases. Comme la percussion est la base de la musique traditionnelle, dans ce dernier album, j’ai essayé d’aller un peu plus loin en disant est-ce qu’on peut jouer cette musique-là et qu’elle sonne et qu’il y ait le groove habituel qu’on a l’habitude d’entendre sans la présence réelle de percussion.

C’est-à-dire de trouver un moyen de reproduire ce groove et cette technique juste avec les instruments. Pour bien comprendre ce que je dis, je conseille d’écouter la chanson Lwennas. Là on peut faire une comparaison. Comme l’air existe déjà, on peut comparer comment il était arrangé et qu’est-ce que j’en ai fait.

– Quelle définition donneriez-vous à votre musique ?

Disons que c’est de la pop-rock avec de la folk.

– Bien qu’Ali Amran se produise chaque année dans votre ville natale, Tizi Ouzou, vous semblez quelque peu marginalisé par certains organisateurs ?

Effectivement, je viens chaque année dans mon pays. L’année dernière, je me suis produit au niveau de l’esplanade de Riad El-Feth, dans le cadre d’une série de concerts, organisés par l’ONDA. Je suis présent, évidemment, car je pense que c’est important pour moi, pour les gens qui me suivent d’être là, car je suis concerné. J’ai envie de m’exprimer et de faire avancer les choses.

Je dirais que ce n’est pas assez. Je vais m’adresser à mes amis de Béjaïa. Je joue à Tizi Ouzou et à Alger, mais pas à Béjaïa. Habituellement, je le fais. Je fais l’effort sur moi de produire mon concert moi-même à Béjaïa. Cela veut dire que je loue la salle et que je paye les gens qui s’occupent de faire la promotion. Je loue aussi une sono car la sono qui est sur place n’est pas suffisante.

Evidemment, quand on fait tous ces calculs-là, cela veut dire que j’offre un concert à Béjaïa. Je l’ai fait pendant pas mal d’années. Je ne sais pas ce qui se passe à Béjaïa, mais en fait il ne se passe rien. On ne m’appelle pas et même quand je fais la démarche pour organiser un concert, on me dit si tu veux il y a une salle, on te la loue. Tu te débrouilles. Les gens ne le savent pas. J’ai envie de le dire clairement, pour que mes fans sachent clairement que j’ai toujours essayé de faire l’effort d’aller là-bas, car je les adore et j’ai un grand public à Béjaïa. Parfois, on ne peut pas le faire.

Cette fois-ci, je ne peux pas le faire car je n’ai pas préparé cela. C’est intéressant que les gens qui s’occupent de la culture à Béjaïa nous disent ce qu’ils font. Et qu’est ce qui se passe ? Pour être très précis, les concerts que j’ai faits à Béjaïa, ceux qui sont programmés et que je n’ai pas produits moi-même sont juste des concerts du Festival de la chanson amazighe, organisés par le comité des fêtes de la wilaya de Béjaïa. A l’époque, il y a cinq ou six ans, j’avais aussi fait un autre festival. A part dans le cadre de ces festivals, pour jouer à Béjaïa, je dois produire mes concerts moi-même. Je pense que ce n’est pas juste.

Je dois préciser que je joue dans pas mal de pays à l’étranger et qu’en Algérie, jusqu’à présent, je joue en kabyle et parfois à Alger. Visiblement, les organisateurs des autres wilayas ne sont pas intéressés. On ne m’appelle pas. Je pense quand même que je suis connu suffisamment pour qu’ils sachent que j’existe. Je joue partout dans d’autres pays. Cela montre un tout petit peu aussi la mentalité et comment sont perçues les choses ici. On me demande de jouer à Oran. J’ai plein de fans là-bas, mais hélas, je n’ai pas de réponse.

– Vous avez incarné un beau rôle dans le long métrage Lalla Fatma N’Soumer, de Belkacem Hadjadj. Avez-vous tenté une autre expérience cinématographique de ce genre ?

Il y a eu, certes, une première expérience dans le film Lalla Fatma N’Soumer, mais après ce film, on ne m’a pas sollicité. Quand le réalisateur, Belkacem Hadjadj, m’avait sollicité pour incarner le rôle du poète, j’ai tout de suite accepté. Je dirais que je suis intéressé par une autre expérience cinématographique, mais je reste toujours chanteur auteur compositeur. Mais s’il y a des propositions de rôles qui me conviennent, pourquoi pas.

Je le ferais avec plaisir. En fait, ma toute première expérience dans le cinéma n’avait pas abouti parce qu’à un certain moment j’avais arrêté. C’était le film du regretté réalisateur algérien Azzeddine Meddour, La montagne de Baya. J’ai fait partie de la première équipe en 1994, mais après, à un certain moment, cela a changé. Le film a continué et je me suis retiré.

– Sinon quel est le retour de votre public à l’étranger face à votre musique ?

Là-bas, je suis à chaque fois surpris, car les gens, parfois, ne me connaissent pas. Ils me découvrent. C’est pratiquement positif. Ils aiment bien ma musique. Cela les intéresse. Pour mes quatre premiers albums, je les ai sortis en digital. J’ai jugé utile, cette fois-ci de sortir l’album, à l’étranger et d’en faire la promotion. Il y a eu de très bons retours. Il a été chroniqué dans les télévisons, les radios françaises et les médias français. L’album passe également en boucle dans les radios. On est dans une dynamique de tournée. Je serai, entre autres, en concert le 13 octobre à Paris.

– Avez-vous d’autres textes dans vos tiroirs à exploiter ?

Bien sûr, oui, j’ai d’autres textes existants. Il y a toujours d’autres projets. Et parfois, ce sont eux qui tapent à la porte. On ne sait pas comment cela vient. Pour l’instant, je suis dans l’état d’esprit de la promotion de l’album et de la tournée. évidemment il y a des choses qui viennent et qui se passent aussi et qui sont nouvelles, provoquant des choses. Généralement cela me prend des années entre un album et un autre. Et puis il faut du temps pour faire les choses qu’on veut réaliser.

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